Podcast enregistré à l’édition suisse de Ludovia (29 mai 24) intitulé « Bienvenue à l’ère de l’(in)intelligence artificielle à l’école ? ». Avec Christophe Batier, Vincent Gürtler, Lyonel Kaufmann et Bijlana Petreska von Ritter-Zahony ( chercheurs, formateurs, enseignants)
Il y a un peu plus d’un an, les intelligences artificielles génératives font une entrée fracassante sur le devant de la scène, notamment dans le monde de l’éducation.
Les participants questionnent les avancées technologiques récentes et les usages pédagogiques, en mettant l’accent sur l’importance de comprendre le fonctionnement des IA pour mieux les démystifier.
L’IA, comment ça marche?
La chercheure Bijlana Petreska von Ritter-Zahony explique ce qu’est l’IA et le changement récent dans son fonctionnement.
Les programmes informatiques inspirés de l’intelligence humaine ont gagné une certaine autonomie d’apprentissage à partir des données disponibles (notamment grâce à Internet)
Le jeu Eleus-IA est ensuite présenté.
Il s’agit d’un jeu dans lequel les élèves apprennent à se mettre dans la peau d’une IA en apprentissage supervisé. Les élèves se connectent à la plateforme, l’enseignant prend un jeu de données (ex: des visages humains). L’enseignant choisit une règle secrète que les élèves ne connaissent pas. Les élèves font des prédictions et au fur et à mesure de leurs essais ils sont amenés à comprendre la règle et à faire des prédictions acceptées. Une IA suit le même processus que les élèves. Le jeu permet aux élèves de comprendre l’opacité inhérente au fonctionnement des IA et d’en démystifier les principes.
Des jeux sont développés par la chercheure dans le cadre de la formation des enseignants dont le simulateur « réseau de neurones »
Les invités insistent ensuite sur 3 points de vigilance:
- les glissement des objectifs c’est-à-dire ce qui est véritablement appris par les élèves (discuter avec une IA vs développer sa pensée logique)
- l’évaluation de l’usage fait par les élèves: ceux qui utilisent ou pas l’IA. Les différents degrés d’utilisation.
- le fait que l’humain puisse être totalement exclu du processus d’apprentissage si les élèves utilisaient l’IA pour apprendre et les enseignants pour corriger
Ce Site fait par les chercheurs de la HEP regroupent les outils développés et des liens pour la formation des enseignants.
Promesses, fantasmes et tutorat: l’émergence de concepts nouveaux
Dans un deuxième temps, Lyonel Kaufmann de la HEP Vaud & Christophe Batier de Lyon1 traitent des promesses et fantasmes de l’IA voire du tutorat. L’idée d’apprendre grâce à une machine est issu de l’imaginaire des années 50 (la machine à apprendre de Skinner) et ensuite mis en pratique avec ce que l’enseignant aborde en classe via un ITS (Intelligence Tutorat System).
A l’heure actuelle, les écosystèmes sont beaucoup plus évolués et performants. mais supposent l’apprenant comme solitaire dans son apprentissage. Des systèmes de tutorat sont actuellement testés en France (ex: adaptiv’maths) à l’INRIA de Bordeaux.
Les premiers résultats concluent qu’une IA seule serait plus performante qu’une IA accompagnée d’un tuteur ou un tuteur tout seul!!
Reste la question du développement de l’esprit critique que l’IA ne traite pas.
Le caractère exploratoire de l’IA permettrait de valoriser la curiosité des élèves. Un concept nouveau vient ainsi de faire son apparition: l’état de curiosité.
L’état de curiosité génère chez les enfants plus d’attention et plus de mémorisation. Vous pouvez vous référer aux travaux de Pierre-Yves Oudeyer: Pierre-Yves Oudeyer Curiosité et métacognition, IA et éducation
L’agentivité
A noter la publication de Georges Siemens sur impact des IA génératives sur les compétences des élèves. Celui-ci note une diminution de l’agentivité c’est à-dire diminution de la capacité d’agir sur le monde