Est-ce qu’on peut apprendre à analyser et évaluer les réseaux sociaux à l’école ? Est-ce que ces nouvelles formes de médias nécessitent une nouvelle approche ; une approche qui se différencié de l’éducation aux médias classique ? Les auteur.e.s de cet article pensent que oui et proposent un cadre conceptuel pour aider les élèves à comprendre leurs usages des réseaux sociaux et comment créer du contenu responsable. Bonne découverte !
Et si une littératie des réseaux sociaux pouvait être enseignée à l’école ? C’est ce que propose cet article fascinant. Depuis une trentaine d’années, l’éducation aux médias cherche à accompagner les élèves à prendre une distance critique vis-à-vis les médias qui les entourent en leur apprenant à accéder aux médias, les analyser et produire des messages médiatiques. Les auteur.e.s reconnaissent l’importance de ces compétences dans nos sociétés où les médias ont une forte présence, mais identifient des différences notables entre les médias de masse et les nouveaux médias sociaux numériques. Une différence notable est la centralité de l’individu dans la consommation de contenus, le partage et l’évaluation. Le contenu est évalué par rapport à si oui ou non il résonne avec nos valeurs et croyances. C’est-à-dire, le contenu que nous créons, partageons, likons sur des réseaux sociaux reflètent nos identités. Le partage et la création reflètent les « réalités et identités » de l’usager et non des réalités projetées par les médias traditionnels. Le processus d’éditorialisation est différent. Le contenu est filtré par des algorithmes et les sociétés ont une responsabilité limitée par rapport au contenu publié sur leurs plateformes. Les modèles économiques sont aussi différents. Les données personnelles des usagers sont une grande source de revenus, ce qui encourage les sociétés à privilégier des contenus émotionnels et/ou de fake news. Étant donné ces différences, l’éducation aux médias classique ne répond pas totalement aux besoins des élèves.
Les auteur.e.s proposent donc un nouveau cadre conceptuel appelé SoMeLit (social media literacy) qui cherche à développer de nouvelles compétences et des nouvelles prises de positions pour permettre aux élèves de développer une pensée critique vis-à-vis des réseaux sociaux. Cette nouvelle approche est composée de trois dimensions de contenus et trois compétences, ces deux éléments interagissent pour amener l’élève vers une littératie des réseaux sociaux.
Les dimensions de contenus sont les suivantes :
- L’individu : connaissance de soi et de ses relations avec ses choix de contenus, sa consommation, son engagement et l’environnement de ses réseaux sociaux.
- Le support : compréhension des possibilités technologiques et des architectures des plateformes des réseaux sociaux, de l’absence de protocoles journalistiques et de conventions de recherche de sources et de vérification des faits, ainsi que les intérêts économiques et politiques dominants.
- La réalité : prise de conscience de la multiplicité et de la malléabilité des réalités sur les réseaux sociaux, ainsi que des multiples critères utilisés par les individus pour juger si oui, ou non le contenu est « réel ». (traduit par Heidi Gautschi)
Les compétences sont similaires de celles qu’on peut trouver dans une éducation aux médias classiques, mais les orientations sont différentes.
- Analyser : Être capable d’analyser son flux, ses choix de réseaux, sa consommation et son engagement pour voir des connexions entre eux.
- Évaluer : Être capable d’interroger et d’identifier les croyances, les valeurs et les expériences de vie qui sous-tendent les messages sur son flux et d’évaluer le réalisme de ceux-ci.
- Contribuer : Être capable de produire des contenus responsables (contributions) adaptés aux réseaux sociaux et comprendre comment ils sont diffusés.
(traduit par Heidi Gautschi)
L’approche SoMeLit place donc l’individu au centre et tente de comprendre le rôle de chaque individu dans la construction de son flux sur les réseaux sociaux en analysant et évaluant celui-ci et en élucidant l’impact de ses choix. Les contraintes techniques des différentes plateformes sont aussi mises en évidence, analysées et évaluées. Et les élèves apprennent à créer du contenu responsable, ce qui est l’équivalent de la compétence « production » que nous retrouvons dans l’éducation aux médias traditionnels, mais mise au jour pour prendre en compte les spécificités des différents réseaux sociaux (un tweet ne se compose pas de la même manière qu’un poste sur instagram, par exemple). Les auteur.e.s sont convaincu.e.s que ceci permettra une prise de distance par rapport aux usages des élèves.